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Zone euro : les défauts sont inévitables

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MessageZone euro : les défauts sont inévitables
par g.sandro Jeu 7 Avr 2011 - 10:21

http://www.medelu.org/spip.php?article781

Zone euro : les défauts sont inévitables




par Jacques Sapir
<BLOCKQUOTE>Directeur d’études à l’EHESS et directeur du CEMI-EHESS
</BLOCKQUOTE>

publié : le 3 avril 2011




1.- Le montant total des dettes des pays en danger du « sud » de la zone euro est bien plus élevé qu’on ne le croit

Jusqu’à présent, la discussion s’est focalisée sur la seule dette publique des pays du « sud » de la zone euro. Cette approche ignore le fait qu’il y a un mécanisme de vases communicants entre la dette publique (souveraine) et les dettes privées. Le total de l’endettement apparaît comme extrêmement élevé, en particulier en Espagne.
Tableau 1
État total de l’endettement de l’Espagne, de la Grèce et du Portugal à la fin 2009 (en milliards d’euros)




Source : C. Lapavitsas et alii, « The Eurozone between austerity and default », RMF Occasional Report, SOAS, Londres, septembre 2010.

Si l’on exclut l’endettement des institutions financières, on arrive toujours à des chiffres impressionnants. Il est donc clair que l’État devra reprendre à son compte une partie de ces dettes privées qui ne sont pas soutenables.
Tableau 2
Structure de la dette privée (en milliards d’euros)


Espagne
Portugal
Grèce

Total sans institutions financières
3 647
545
581

En % du PIB
347,2%
333,4%
244,6%

Dont entreprises non financières
195,4%
150,5%
69,5%

Dont ménages
87,4%
108,9%
51,8%

Source : la même que pour le tableau 1

De plus ces tableaux ont été calculés à la fin de 2009. Depuis, l’endettement public a continué de progresser et ne cessera de la faire.

2.- La part de cette dette détenue par l’étranger est aussi très importante

La part de cette dette détenue par les non-résidents varie du tiers (soit 168,6% du PIB) pour l’Espagne à un peu plus de la moitié (soit 151% du PIB) pour la Grèce. La majeure partie de cette dette est détenue dans la zone euro, dont 66% par 5 pays (Allemagne, France, Pays-Bas, Irlande, Belgique) pour l’Espagne ; 66% pour le Portugal et 58% pour la Grèce.
Tableau 3
Dette détenue par les non-résidents (en milliards d’euros)




La part détenue par la France et L’Allemagne varie de 48% à 41%.



3.- Un ajustement impossible

Ces pays ont entamé, avec l’Irlande, des plans d’ajustement budgétaire excessivement ambitieux. La montée des désordres sociaux (Grèce) et politiques (Portugal, mais aussi Irlande) en témoigne.
On peut constater, sur le tableau suivant, l’ampleur de cet ajustement nécessaire uniquement pour que la dette exprimée en pourcentage du PIB cesse d’augmenter.

Tableau 4
Montant de l’ajustement budgétaire nécessaire à une stabilisation de la part des dettes publiques en pourcentage du PIB




Source : BNP-Paribas et CEMI-EHESS

Le choc budgétaire exigé pour que la dette se stabilise à son niveau de 2010 est compris entre 17 et 14 points de PIB pour la Grèce, 10 et 12 points pour le Portugal et l’Espagne. Il atteint de 20 à 22 points de PIB pour l’Irlande.
L’Irlande et la Grèce sont ici typiquement des cas extrêmes, dont on ne voit pas de solution cohérente avec le maintien dans la zone euro. Le défaut, assorti de la sortie de la zone et d’une forte dévaluation, apparaît aujourd’hui comme l’issue inévitable à la crise.

Dans le cas de l’Espagne, dont le PIB et le montant de la dette sont largement supérieurs aux trois pays (Grèce, Irlande et Portugal) cumulés, il faut savoir :

  • Que le taux des défauts sur l’immobilier atteint 11% pour les dettes des promoteurs et 7% pour celles des crédits immobiliers commerciaux. Le stock de logements invendus est passé de 394 700 au 31 décembre 2006 à 1 202 848 au 31 décembre 2010.
  • Qu’en dépit de provisions plus importantes que dans bien des pays, les banques espagnoles devront être recapitalisées pour une somme oscillant entre 80 et 100 milliards d’euros en 2011, et ceci sans préjudice de recapitalisations ultérieures.
  • Que les projections de croissance faites par le gouvernement, et sur lesquelles il a fondé sa politique de réduction des déficits, sont beaucoup trop optimistes.
  • Que les projections de dépenses faites dans le cadre de la politique de réduction des déficits sont, elles aussi, bien trop optimistes. Face au problème de la recapitalisation nécessaire des banques, elles sont en fait irréalistes.


Dans ces conditions, ce plan de stabilisation du déficit public est condamné à l’échec et il est probable que l’Espagne soit obligée de demander à bénéficier du Fonds européen de stabilité financière (FESF) ce qui, en l’état, et devant les réticences fortes de certains pays d’en accroître le volume, conduirait à l’explosion de ce dispositif.

Il faut noter que, même pour la France et l’Italie, le choc d’ajustement est élevé et rend improbable une stabilisation de la dette à son niveau de 2010. En admettant que de tels chocs soient socialement supportables, leur impact cumulés sur une partie de la zone euro plongerait cette dernière dans une profonde dépression. Or, si la croissance s’effondre à la fin de 2011 et en 2012, les objectifs de stabilisation du poids de la dette ne pourront pas être tenus en dépit des efforts consentis.

4.- Un défaut inévitable ?

Le défaut semble donc la seule option possible pour au moins 4 pays : la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne. La question désormais n’est plus de savoir si ce défaut aura lieu, mais quand il aura lieu.

De ce point de vue, les deux pays les plus fragiles sont la Grèce et l’Irlande. Les spreads sur la dette publique pour ces deux pays convergent, et ils se situent à des niveaux particulièrement élevés. Mais il faut savoir que l’Espagne constitue aussi un risque fort en raison de l’immense endettement de ses agents privés et de la nécessité de transférer une partie de leurs dettes à la puissance publique (en particulier celle des établissements bancaires dont 30 ont vu leur note dégradée le 24 mars dernier).

Graphique 1

Source : Agence France-Trésor.


Le scénario le plus probable est la combinaison de problèmes économiques et sociaux insolubles pour la Grèce et l’Irlande, et d’une dégradation des conditions d’emprunt de l’Espagne forçant ce dernier pays à demander à bénéficier du FESF, avec les conséquences probables que ceci entraînerait. La possibilité d’un défaut de un ou deux pays pour l’hiver 2011-2012 apparaît donc comme forte.

Les taux d’intérêt auxquels sont soumis actuellement ces pays rendent la dette naturellement explosive : la dette engendre la dette. Seul l’effacement d’une partie de la dette publique (accrue d’une partie de la dette privée dans le cas de l’Espagne) leur permettrait de retrouver une solvabilité. Le défaut ou la restructuration (défaut partiel) est donc pour eux l’unique solution à terme.

Mais si le défaut à lieu dans la zone euro, cela obligerait les autres membres de cette zone à financer directement ces quatre pays pour le déficit budgétaire nouveau, dans la mesure où ils se verraient, pour un temps, exclus des marchés financiers.

5.- Défaut et sortie de l’euro

Techniquement, le défaut n’implique pas la sortie de l’euro. S’il pose de redoutables problèmes aux banques (en Allemagne, France, Pays-bas et Belgique en particulier), il reste envisageable.
Notons cependant que le choc sur les banques serait tel qu’il poserait le problème du financement conjoint tant de la nouvelle dette que des mesures destinées à retrouver la compétitivité dans un pays comme la France. On ne voit guère de solution sans une monétisation importante de cette dette et sans un contrôle public sur ces établissements (banques et assurances) afin d’éviter toute panique.

Tableau 5
Montant des créances détenues par certains pays sur les 4 pays en difficulté


Dettes émises par :


Total détenu par les banques et assurances
Espagne
Irlande
Grèce
Portugal
TOTAL

France
64,3
17,0
74,5
43
198,8

Allemagne
81,5
21,4
36,6
22,8
162,3

Pays-Bas
19,8
3,6
6,4
5,8
35,6

Belgique
16,1
4,9
17,4
7,6
46,0

Source : NATIXIS, Flash Economie, n°212, 22 mars 2011.



Mais, en ce cas, il faudrait pérenniser une structure de transferts budgétaires des pays « excédentaires » de la zone (Allemagne, Finlande, Pays-Bas) au profit de ces 4 pays. Or on voit bien, avec les récentes évolutions politiques outre-Rhin, que cela n’est pas possible. L’Allemagne n’est pas prête à assumer le transfert de l’équivalent de 2 points de PIB par an vers les pays du « sud » de la zone euro.
Or, sans de tels transferts, il est impossible de compenser les écarts de productivité, et il est inévitable que l’endettement – public ou privé - reprenne dans ces pays une fois que le défaut sur la dette sera accompli. Seule une importante dévaluation est à même de leur permettre de retrouver la compétitivité perdue face à l’Allemagne.

Par ailleurs, cette dévaluation leur permettrait aussi de retrouver leur compétitivité face au reste du monde où l’euro, à son cours actuel, les pénalise très durablement.

Graphique 2



Source : OCDE

Tableau 6
Part du commerce extérieur libellé en euros (données de 2009)


Exportations
Importations
Moyenne

Portugal
54,6%
60,2%
57,4%

Belgique
55,3%
57,0%
56,2%

France
52,4%
45,1%
48,8%

Luxembourg
52,7%
41,7%
47,2%

Grèce
47,3%
39,6%
43,5%

Source : Base statistique de l’OCDE



Il faut ici signaler que la somme des élasticités sur les importations et les exportations montre que si l’Espagne n’a guère d’intérêt à une sortie de l’euro (ni à un euro faible), il n’en va pas de même pour la Grèce, la France, l’Irlande et le Portugal qui sont largement bénéficiaires dans une telle situation [1]. Ceci traduit tant la structure des appareils productifs de ces pays que leur exposition aux coûts de l’énergie importée, très faible dans le cas de la France.

Ceci accrédite l’idée qu’une sortie de l’euro (cumulée à un défaut) est une solution qui s’impose pour la Grèce et l’Irlande. Elle pourrait l’être pour le Portugal.
Mais, dans ce cas, l’intérêt de la France serait aussi de faire défection de la zone euro.

Il convient donc de regarder la réalité en face. Un ou deux défauts sur la dette souveraine se produiront d’ici un an dans la zone euro, accompagnés de la sortie en catastrophe de ces pays de la monnaie unique. D’autres pays (le Portugal et surtout l’Espagne) demanderont à bénéficier du FESF, rendant intenable ce dispositif. Les conséquences politiques et psychologiques seront énormes.

Plutôt que de subir, il faut choisir. La France doit se poser la question de savoir si le maintien en l’état de la zone euro a pour elle encore un sens, compte tenu de ces défauts et de leurs conséquences. Une catastrophe pleinement anticipée peut être réduite, mais une catastrophe subie est toujours mortelle.
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Notes



[1] P. Artus (red.) « Quels pays seraient les gagnants d’un fort recul de l’euro ? », Flash Économie, n° 245, Natixis, Paris, 1er avril 2011.




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MessageRe: Zone euro : les défauts sont inévitables
par Invité Jeu 7 Avr 2011 - 11:35

Attention Sandro,



Le dernier qui a osé dire une chose pareille s'est fait sermonner par Alain Minc.


http://sos-crise.over-blog.com/article-emmanuel-todd-est-tres-pessimiste-pour-l-euro-acharnement-explosion-64593003.html


Bon cela étant, la seule question est : quand décideront-ils de lâcher cette monnaie et de provoquer une crise économique grave ?

Juste avant les élections prévues en 2012 dans pas mal de pays ou juste après ?

Moi, là, comme ça, j'aurais tendance à dire : juste avant. Mais j'ai mauvais esprit.


Ou alors les élections n'auront pas lieu, ou bien pas comme on a l'habitude, ou bien plus tard. Bref un truc. Parce que guerre au moyen-orient + crise économique + explosion de la monnaie unique + inflation, ça serait un tableau sympa pour provoquer des trouble sociaux et gagner un peu de temps. Mais bon, on est pas en Côte d'Ivoire non plus, pas vrai ?

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MessageRe: Zone euro : les défauts sont inévitables
par g.sandro Jeu 7 Avr 2011 - 17:43

En route vers "les tas d'urgences"...histoire de prolonger la fête des Banksters sur fond de peuple ovin/bovin résigné...

Mais gaffe quand même Nico...gaffe à la lanterne ...on en a guillotiné de plus teigneux fut un temps ...


"assailli rat, saillie rat, saillie rat, lezard is trop crade hallal lent terne,
assailli rat, saillie rat, saillie rat,lezard is trop crade on l'épendra !!!"





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MessageL’EURO : une expérience sous fond d’ignorance économique et d’inculture
par g.sandro Lun 2 Jan 2012 - 4:17

L’EURO : une expérience sous fond d’ignorance économique et d’inculture

NB: il y a un Imhotep qui s'exprime dans les réactions, je ne sais pas si c'est le notre, j'en serais surpris, mais bon...en tout cas son post a fait réagir...

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-euro-une-experience-sous-fond-d-107050

Citation :
Notre blog http://sortirdeleuro2012.over-blog.com vise à expliquer l'erreur historique de la monnaie unique et et son explosion inéluctable.


Vous retrouverez l'article ci-dessous, rédigé par Roland Hureaux, à l'adresse suivante : http://sortirdeleuro2012.over-blog....


Bonne lecture.








Le jour, sans doute proche, où l’euro aura explosé, on se demandera
longtemps comment, pendant presque une génération, l’immense majorité de
la classe dirigeante des pays d’Europe de l’Ouest - Royaume Uni excepté
- a pu croire dur comme du fer que la monnaie unique européenne pouvait
réussir !


Dès le départ, plusieurs prix Nobel d’économie, dont le français
Maurice Allais, avaient averti que cette entreprise ne durerait pas plus
de dix ans. De nombreux économistes, des deux côtés du Rhin
avaient donné le même avertissement.


On ne reviendra pas sur les raisons qui plombaient dès le départ une
telle entreprise. Dire que l’Europe n’est pas une zone monétaire
optimale est un résumé un peu abscons, réservé aux spécialistes. Il est
plus précis de rappeler que, aussi longtemps que les populations
européennes n’auront pas été brassées, la propension à l’inflation n’est
pas la même dans les différents pays d’Europe, comme l’a montré
l’histoire économique du demi-siècle précédent. Mais il faut compléter
le raisonnement : les prix évoluant de manière divergente , les balances
commerciales entre les pays à forte inflation et ceux à faible
inflation (essentiellement l’Allemagne) ne pouvaient que se
déséquilibrer de plus en plus, et cela indéfiniment, le mécanisme
correcteur de changements de parité monétaires ne jouant plus.


A cela, les plus lucides des partisans de l’euro répondaient que la
monnaie unique était une entreprise volontariste, qu'en plongeant les
différents pays dans la piscine de la monnaie unique, on les obligerait
à s’adapter, comme les baigneurs débutants sont obligés d’apprendre
à nager ; les comportements entre les pays s’harmoniseraient ; en
outre les gouvernements prendraient conscience de la nécessité de se
doter, pour réussir l’expérience, d’un vrai gouvernement économique,
comportant des transferts budgétaires importantes des forts aux faibles.


Comme il était prévisible, rien de tout cela n’est arrivé : la
mobilité entre les pays d’Europe n’existe presque plus (il faudrait voir
si l’appel, plus facile, à la main d’œuvre immigrée extra-européenne
n’en est pas une des causes) , la solidarité budgétaire européenne est
peu de choses à coté de celle qui existe par exemple entre la France
métropolitaine et son outre-mer ou , en Allemagne, entre les länder de
l’ouest et ceux de l'est. Or plus un espace économique est hétérogène,
plus cette solidarité doit être forte. Pourquoi donc tant
d’illusions ? Pourquoi la quasi-totalité de l’oligarchie française
et allemande - et du reste de l’Europe à l’exception des Britanniques -
s’est-elle aveuglée au point de penser, contre l’avis de
la quasi-totalité des prix Nobel d’économie, que l’entreprise avait une
chance de réussite ? Au point de manifester une intolérance inouïe à
l’égard de ceux qui ne le pensaient pas.


C'est sans doute la question que l’on se posera dans vingt ans, dans
trente ans, quand les historiens se pencheront sur cette période et
essayeront d’en faire le bilan.





Connaissance superficielle de l’économie


La première condition de cette illusion est l’ignorance,
spécialement en France, de mécanismes fondamentaux de l’économie. A la
différence des pays anglo-saxons, très peu de gens, en dehors des
économistes de profession, connaissent ces mécanismes, par exemple le
fait basique qu’une hausse excessive des prix intérieurs par rapport aux
pays voisins crée un déficit, presque irréversible, de la balance des
paiements : ce déficit est généralement confondu avec le déficit des
finances publiques sans que la presse fasse grand-chose pour éclaircir
les idées. A partir de l‘exemple allemand, totalement atypique, on se
figure qu’une monnaie forte est un atout dans la compétition
internationale, alors que c’est bien évidemment le contraire.


Une connaissance superficielle, ce n’est pas seulement une
connaissance où manquent les détails, c'est aussi une connaissance où
manquent les reliefs, où tout est mis à plat sans que l’on différencie
les lois inexorables, incontournables et celles qui ne sont que
relatives. C’est ainsi qu'est née il y a 20 ans en France la théorie du
franc fort selon laquelle plus la monnaie était forte, plus l’économie
serait contrainte à devenir compétitive. Ou encore l’idée selon laquelle
le secteur tertiaire devait inéluctablement remplacer l’industrie,
qu’un pays sans industrie serait un pays plus avancé, qui a été le dogme
de la classe dirigeante pendant vingt ans, dogme au nom duquel on s’est
si longtemps accommodé des délocalisations.





Méconnaissance du facteur culturel


Mais l’ignorance de l'économie ne suffit pas à expliquer que l’on
ait pu croire avec autant d’assurance à une expérience aussi hasardeuse
que l’euro. L’autre facteur est la méconnaissance de la dimension
culturelle de l’économie. Rien ne sert de bien connaître les rapports
entre les taux d’inflation ou de change et les balances commerciales :
on risque bien des déconvenues si l’on croit que ces taux d’inflation
sont manipulables à volonté, si l’on ignore que les différentiels dans
ce que l’on appelle la propension à l’inflation sont une donnée
culturelle fondamentale qui relève de ce que Braudel appelait l’histoire
longue. En d’autres termes, à supposer qu’un expert ait une vraie
science économique


, elle risque d’être inopérante si elle ne s’accompagne pas d’une
large culture générale, en particulier historique, culture que l’on
trouve chez la plupart des grands économistes, tel Hayek ou Maurice
Allais ( qui aurait pu aussi bien avoir le Prix Nobel de physique ! )
mais rarement chez les experts appointés des banques ou des
cabinets-conseil.


Penser que la propension relative des différents pays à
l’inflation était seulement affaire de volonté, c’est la grande idée qui
a été à l’origine de l’euro. Ses initiateurs se sont dit :
« certes, les Grecs ont une propension à l’inflation plus élevée que les
Allemands, mais si on les met ensemble, leurs propensions
vont s’harmoniser, surtout si on impose une politique économique plus
dure à la Grèce ». Même présupposé s’agissant de la propension à la
dépense publique ou aux déficits.


Cette vision « aculturelle » de l’économie est généralement fondée
sur une conception morale de l’économie. La morale tient lieu de
culture. Il y a les plus vertueux et les moins vertueux. Tout l’effort
des « éclairés » doit tendre à élever les moins vertueux au niveau des
plus vertueux. Quelle noble tâche, analogue toute proportion gardée à
celle des premiers communistes qui prétendaient extirper l’instinct de
propriété pour rendre les hommes meilleurs ! Ce moralisme explique que,
parmi les initiateurs les plus ardents de l’aventure européenne et de
l’euro, ou encore parmi les propagateurs zélés du libre échange, on
trouve des honnêtes gens qui n’ont que le défaut de mélanger indûment la
morale et l’économie, la morale et la politique : l’enfer est pavé de
bonnes intentions. Parmi eux beaucoup de haut fonctionnaires catholiques
(à forte influence protestante, comme toute la haute société
française, et donc moins tolérants au péché) : Jacques Delors, Pascal
Lamy, Michel Camdessus. Mais on peut aussi bien trouver les racines de
cette vision morale de l’économie dans l’enseignement de l’Institut
d’études politiques de Paris des années soixante et
soixante-dix. L’admiration pour la rigueur allemande y était un dogme :
Jacques Attali, jeune professeur, y déplorait, comme tout le monde, qu’à
la sortie de la guerre, De Gaulle ait préféré le plan Pleven, jugé
laxiste au plan Mendès-France, plus austère, éloignant notre pays de la
vertu germanique. C’est au nom de ce refus du laxisme qu’en 1972 , sans
qu’il y ait eu nulle part débat tant la chose allait de soi , que
l’Etat s’est privé de la possibilité de recourir aux avances à taux zéro
de la Banque de France, offrant pour 40 ans aux banques , désormais
seules habilitées à prêter et avec intérêt , le plus immense cadeau qui
soit, puisque, cumulé, il équivaut à la dette actuelle de la France !


L’autre grand dogme, incontesté, était le libre échange, duquel,
croyait-on, en vertu de la loi de Ricardo sur les avantages comparatifs,
tenue pour un absolu, ne pouvait venir qu’une prospérité toujours plus
grande.


Idéal de la monnaie forte, du libre échange (et donc de l’Europe),
admiration béate de l’Allemagne (dans le droit fil de Vichy, mais il ne
fallait pas le dire !) : Les meilleurs élèves, à Sciences po et à
l’ENA, ne sont pas forcément les plus intelligents, ce sont souvent les
plus aptes à décliner avec brio l’idéologie ambiante et donc les moins
critiques à son égard. C’est ainsi que ces préjugés sommaires ont
conditionné toute la génération qui a fait la politique économique à la
fin du XXe siècle.


Cette vision des questions économiques sous l’angle de la morale
fait l’impasse sur le fait que le comportement d’acteurs supposés plus
moraux, comme l’Allemagne, est en réalité un trait culturel : l’horreur
de l’inflation qui singularise ce pays s’enracine dans le souvenir
traumatique des expériences d’inflation galopante qu’il a connues en
1923 et en 1947, et que la France a ignorées depuis 1795. Moins que de
vertu, il s’agit d’une sorte de névrose, d’un modèle de développement
parmi d’autres, ni meilleur ni pire si on le rapporte au seul critère
qui importe : le taux de croissance à long terme.


Les données culturelles, avons-nous dit, sont inscrites dans la
durée. Il est frappant que la propension à l’inflation entre 1945 et
2011 ait été la même en France et aux Etats-Unis, alors qu’elle
était trois fois moindre en Allemagne et plus importante dans presque
tous les autres pays. Cela ne veut pas dire que les choses sont
définitivement verrouillées : les Français surent passer autrefois des
assignats au franc germinal, exceptionnellement stable durant 110 ans,
les Anglais, autrefois modèles de stabilité, sont aujourd’hui davantage
portés à l’inflation et aux déficits qu’il y a cinquante ans. Mais
considérer qu'en dix ans de monnaie commune, les cigales se feront
fourmi (et qu’être fourmi est l’ idéal !) est une utopie que
seule pouvait fonder une certaine dose d’inculture.


L’ignorance du fait culturel a fait des ravages ailleurs. Le FMI,
sous l’impulsion de bons français comme Jacques de la Rozière ou Michel
Camdessus s’est imaginé qu'on pourrait guérir en dix ans l’Amérique
latine d’une propension inflationniste bien plus forte encore que celle
de la France, qu’une équivalence peso-dollar ou réal-dollar pouvait
être, une fois le pécheur repenti de ses vices, établie ad vitam aeternam.
Grave illusion qui a provoqué d’immenses souffrances (analogues à
celles que l’on inflige aujourd’hui au peuple grec) et qui a fait perdre
des milliards à certaines sociétés françaises comme EDF.


Car l’ignorance du fait culturel se retrouve aussi dans la gestion
de nos grandes entreprises : Renault s’était en 1990 rapproché de Volvo.
Les dirigeants français, appartenant à l’élite mondialisée (les
conseils d’administration se tiennent en anglais) s’imaginèrent que les
Suédois, supposés modernes selon le Dictionnaire des idées reçues et
donc pas chauvins, accepteraient facilement que Volvo s’appelle
Renault-Suède. Echec.


Connaissance superficielle de l’économie, ignorance de la dimension
culturelle : ainsi s’explique sans doute l’aveuglement dont ont fait
preuve nos élites pendant tant années , lesquelles, contre les intérêts
les plus évidents de la France, contre la véritable science ( celle des
prix Nobel d’économie , pas celle des experts de cour ou des médias ),
ont , non seulement poursuivi au-delà du raisonnable une expérience qui
s’est avérée calamiteuse, mais encore fait une chasse impitoyable à ses
opposants, tenus pour des originaux dans le meilleur des cas, pour des
néo-nazis dans le pire, en tous les cas barrés systématiquement de
l’accès aux responsabilités publiques et privées.


Le choc sera rude. Il est probable que la chute de l’euro sera le
détonateur qui remettra en cause, non seulement la politique monétaire,
non seulement la machinerie de Bruxelles, mais aussi tous les mythes sur
lesquels les dirigeants français vivent depuis trente ans.



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MessageLes monnaies complémentaires en Europe
par g.sandro Lun 2 Jan 2012 - 4:30




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